NOUVEL AN, NOUVEAUX LEADERS ?

STRATEGIE ET THEMATIQUES
15 Janvier 2024
Les premiers jours de cotation en 2024 ne ressemblent pas du tout à ceux de la fin 2023
Les secteurs qui surperforment sont les plus "défensifs" et les plus "value"
A contrario, la tech et la consommation discrétionnaire sont en difficulté
Parmi les émergents, la Chine concentre le pessimisme des investisseurs

GRAPHIQUE DE LA SEMAINE : "Performance des actions depuis le 1er janvier"

ANALYSE DES MARCHÉS FINANCIERS


Et si le changement d'année avait été un tournant pour le marché des actions ? 2024 a démarré sur des notes très contrastées par rapport à 2023, révélant une tendance générale baissière et des performances sectorielles et géographiques très différentes (cf. Graphique de la semaine). Les secteurs de la technologie et de la consommation discrétionnaire, qui avaient été deux des principaux moteurs de la croissance boursière l'an dernier, ont connu un ralentissement notable au cours des neuf premiers jours de cotation. Le secteur de la communication n'est pas loin devant. Cette décélération est la conséquence d'un réajustement des attentes des investisseurs. Dans un contexte macroéconomique en contraction, la progression du taux de chômage et la diminution de l'inflation risquent de modifier les habitudes de consommation des ménages.

Par contraste, la santé se trouve sur la plus haute marche du podium. Après avoir fortement souffert l'an dernier (cf. Fig. 2) de l'essor d'innovations technologiques disruptives et de l'évolution des politiques de santé publique, le secteur profite pleinement de la stabilité de ses bénéfices. Les deux autres secteurs défensifs, que sont les biens de consommation de base et les services aux collectivités, s'en sortent très bien également. Peu impactés par les crises, ils retrouvent les faveurs des investisseurs qui cherchent à équilibrer les risques dans leur portefeuille.

Fig. 2 – Perf. relative des secteurs défensifs - Fig. 3 – Perf. relative de la Suisse et de l'énergie
Fig. 2 – Perf. relative des secteurs défensifs - Fig. 3 – Perf. relative de la Suisse et de l'énergie

Les financières, qui avaient affiché une performance modeste en 2023, résistent plutôt bien. La normalisation de la politique monétaire à venir et la pentification de la courbe des rendements qui l'accompagnera devraient permettre aux banques de bénéficier de marges d'intérêt plus élevées. L'écart entre les intérêts qu'elles paient sur les dépôts et ceux qu'elles gagnent sur les prêts qu'elles octroient va grandir, pour redevenir positif. De leur côté, les assureurs sont progressivement en train de tirer parti de l'environnement de rendements élevés. La rentabilité de leurs portefeuilles d'investissement obligataires s'améliore, ce qui renforce leur solvabilité et leur capacité à offrir des produits compétitifs à leurs clients.

De son côté, le secteur de l'énergie continue de délivrer de décevoir (cf. Fig. 3). Certes, le ralentissement conjoncturel freine sa performance mais il est porté par deux facteurs structurellement positifs : une demande qui croît à un rythme constant et une offre contrainte par un sous-investissement chronique. Quant aux tensions géopolitiques, elles accentuent le déséquilibre et favorisent la hausse des prix. Les entreprises du secteur en tirent profit et leurs cours boursiers finiront par le refléter.

Dans le secteur immobilier, après une année 2023 difficile, les perspectives demeurent négatives. La crise en cours constitue un risque majeur pour la survie de certains acteurs. Les difficultés du secteur sont en train de freiner les activités de construction et de se propager aux secteurs qui lui sont étroitement liés : les matériaux et l'industrie.

D'un point de vue géographique, le panorama d'investissement est également en mutation, mais la hiérarchie ne semble pas totalement inversée. Le Nikkei japonais continue de progresser. Après une performance exceptionnelle en 2023, l'indice se maintient sur le podium en 2024. Il est l'un des rares en territoire positif. Contrairement aux messages véhiculés par certains stratèges, cela ne témoigne ni de l'efficacité des mesures de relance, ni de la robustesse de l'économie japonaise, mais uniquement de la dépréciation du yen : -7% en 2023 et déjà -3% en 2024. Corrigées des effets de change, les actions japonaises ne surperforment pas.

Ce n'est pas le cas du SMI. Depuis le début de l'année, l'indice suisse fait mieux que ses pairs. Certes, le franc suisse s'est replié mais la résilience de l'indice SMI s'explique surtout par la forte concentration dans les secteurs de la santé et des biens de consommation de première nécessité. La qualité de la gestion financière des entreprises suisses joue également un rôle clé et devrait permettre à l'indice de rattraper une partie du retard accumulé en 2023 (cf. Fig. 3). Les entreprises ont des bilans solides, avec des niveaux d'endettement relativement faibles, ce qui les rend moins vulnérables aux turbulences économiques et aux fluctuations des taux d'intérêt.

Les indices américains, que ce soient le S&P 500, le Dow Jones, ou plus encore le Nasdaq, qui avaient connu une année 2023 exceptionnelle, ont montré des signes de stabilisation lors des neuf premiers jours de cotation. Les investisseurs semblent avoir adopté une approche plus mesurée, après la frénésie des mois de novembre et décembre.

Les indices de la Zone Euro ne parviennent pas à faire aussi bien que leurs homologues des pays développés. L'Euro Stoxx délivre toutefois une performance nettement au-dessus de celles des pays émergents, dont le début d'année ressemble à un cauchemar. Parmi eux, la hiérarchie est similaire à 2023 : Inde et Brésil en tête, Chine en queue. Le CSI 300 demeure sous pression en raison des tensions commerciales et des préoccupations réglementaires. Les initiatives gouvernementales pour stabiliser l'économie et encourager la croissance sont jugées insuffisantes par les investisseurs. Le pessimisme de ces derniers est tel qu'il est très probable qu'il soit exagéré et que la Chine soit devenue une opportunité.

Conclusion :

Sans surprise, 2024 ne ressemblera ni à 2023, ni aux années antérieures. Dans la première partie de l'année, si notre scénario de "faux départ" et la correction boursière se confirment, les pays et secteurs qui surperformeront le marché pourraient être très différents de l'an dernier : Suisse, santé, consommation de base et énergie.

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