LA FIN D'UNE ANNÉE (PAS SI) FACILE

STRATEGIE ET THEMATIQUES
Lundi 18 Décembre 2023
2023 se termine en apothéose sur les principaux marchés : actions, obligations, cash et or
En comparaison, la performance des portefeuilles équilibrés semble pâle
À qui la faute ? D'une part à la sélection des titres, d'autre part au manque d'intérêt pour l'or
Bonnes fêtes de fin d'année et en route pour 2024 !

GRAPHIQUE DE LA SEMAINE : "Performance annuelle des allocations balancées"

ANALYSE DES MARCHÉS FINANCIERS

2023 aura été une année mouvementée sur les plans économique, financier et géopolitique, mais globalement positive pour les grandes classes d'actifs. Les principales économies ont vu leur croissance ralentir mais sont parvenues à retarder leur entrée en récession. Les ménages ont profité d'un marché de l'emploi résilient et ont puisé dans l'épargne accumulée durant la pandémie pour consommer. Les entreprises sont parvenues à conserver leurs marges, malgré la hausse du prix des matières premières et des salaires. Quant aux Etats, ils ont renoncé à l'austérité fiscale de manière à poursuivre leurs plans de relocalisation, de réindustrialisation et de réarmement. La crise bancaire, qui a secoué les banques régionales américaines et Crédit Suisse, n'a duré que quelques semaines, grâce à l'aide financière des Etats et aux injections de liquidités des banques centrales. Les conflits en Ukraine et au Proche-Orient semblent avoir mis fin à l'équilibre géopolitique mondial des précédentes décennies, sans faire flamber les prix de l'énergie ni des matières premières agricoles. Enfin et surtout, bien que le durcissement hors norme de politique monétaire ait généré un "credit crunch", rien ne s'est brisé dans l'économie.

Tout au long de l'année, les investisseurs ont donc régulièrement tremblé, mais les quatre principales classes d'actifs ont escaladé ce mur d'inquiétudes pour clôturer l'année avec des performances simultanément positives : +18% pour les actions, +10% pour l'once d'or, +5% pour le cash, +3% pour les obligations souveraines (cf. Fig. 2). Seuls la Chine, l'immobilier, le pétrole et le yen japonais ont enregistré des performances négatives à deux chiffres.

L'environnement étant propice, les investisseurs s'attendaient logiquement à ce que leurs placements financiers délivrent des revenus conséquents. La réalité est venue doucher leurs espoirs. Les portefeuilles "balancés", dont les données sont recensées dans les banques britanniques et suisses, ont généré des performances "décevantes" : 6.22% en euros et 7.39% en dollars (cf. Graphique de la semaine). À qui la faute ?

  1. Les Américains ont le sens de la formule : "it's a market of stocks and not a stock market". A la grande différence de 2022, en 2023 seuls quelques titres boursiers ont fortement progressé : Apple, Microsoft, Nvidia, Amazon, Meta, Tesla et Alphabet aux États-Unis. Les "magnificent seven" ont généré plus de 70% de la performance du S&P 500, les 493 autres faisant du sur-place jusqu'en novembre. Une autre manière de s'en apercevoir est de comparer la performance du S&P 500 pondéré par la capitalisation boursière de ses composants (SPX Index) avec celle de son homologue où les titres sont équipondérés (SPW Index). Le premier progresse de 23% depuis le 1er janvier, le second de 10% seulement (cf. Fig. 3). De la même manière, seuls les "granolas" ont tiré les indices à la hausse en Europe : Glaxo, Roche, ASML, Nestlé, Novartis, Novo Nordisk, L'Oréal, LVMH, AstraZeneca, SAP et Sanofi. Ainsi, en cherchant à se diversifier pour "bien" faire, la plupart des investisseurs, y compris les banques et les fonds de placement renommés, ont souffert de leur "mauvaise" sélection.

  1. Le manque d'intérêt pour l'or physique a également été un facteur déterminant. Les lecteurs assidus se souviennent que nos analyses ont souvent été centrées sur les fondamentaux robustes de l'or : moitié matière première, moitié devise, mais surtout actif refuge parmi les actifs refuges. Son intérêt dans la construction de portefeuilles n'a pas d'équivalent. Peu ou négativement corrélé avec les autres classes d'actifs, il permet d'améliorer la frontière efficiente lors de l'allocation d'actifs optimale. Pour un même niveau de risque, le rendement d'un portefeuille qui détient de l'or est supérieur. Malgré cela, sous prétexte qu'il ne délivre ni rendement ni coupon, l'or est considéré par les investisseurs comme une "relique barbare". 98% des conseillers en investissement ont une allocation en or inférieure à 5%, dont 71% inférieure à 1% (cf. Fig. 4). En 2023, ce choix aura été coûteux. Au moment où les banques centrales ont laissé entrevoir la fin de leurs hausses de taux directeurs, où le dollar a commencé à montrer quelques signes de faiblesse, et où les tensions géopolitiques ont pris de l'ampleur, le cours du métal jaune s'est envolé. Sa performance annuelle de +9% est deux à trois fois supérieure à celle du cash ou d'une obligation souveraine.

En 2024, si le taux de chômage grimpe au-dessus de 5%, comme l'anticipent nos modèles économétriques, alors la performance relative de l'or par rapport aux actions sera très positive. Au vu de la corrélation passée entre ces deux variables (cf. Fig. 5), le métal jaune pourrait dépasser 2'300 dollars l'once. En augmentant sa pondération dans les portefeuilles pour en tirer profit, les conseillers en investissement feront croître la demande et favoriseront d'autant plus l'appréciation du cours de l'or.

Les actions des minières aurifères, telles que Newmont ou Barrick Gold, sont à la traîne. D'un côté, elles voient leurs marges s'améliorer avec la hausse des prix de vente (cours de l'or) et la stabilité des coûts de production estimés à 1'358 dollars l'once. De l'autre, elles souffrent de la pauvre performance des indices boursiers (en dehors des magnificent seven et des granolas). La contre-performance de l'ensemble des sociétés du secteur en 2023 implique que celui-ci doive progresser de 50% par rapport au S&P 500 pour être en ligne avec l'appréciation du cours de l'or (cf. Fig. 6).

Conclusion :

Après une année 2023 (pas si) facile, 2024 devrait être une année dorée.


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